« Crise énergétique avérée » : Philippe Tonangoye fixe le cap

Invité le 23 février de l’émission « Le Gouvernement s’exprime » sur Gabon 24, le ministre de l’Accès universel à l’eau et à l’énergie, Philippe Tonangoye, a dressé un état des lieux sans détour d’un secteur sous tension. À la fois lucide sur l’ampleur des difficultés et volontariste sur les solutions, il a présenté les priorités qui structureront les cent premiers jours de l’action gouvernementale.
Le constat est sévère. Le pays dispose de ressources hydrologiques importantes, mais l’eau peine à parvenir jusqu’aux ménages. « Il n’y a pas de localité sans cours d’eau, mais au robinet, l’eau manque », a résumé le ministre, pointant un paradoxe devenu quotidien pour de nombreux Gabonais.
Même tonalité sur le front énergétique. Philippe Tonangoye évoque une « crise énergétique avérée », marquée par des délestages récurrents, un réseau vieillissant et une maintenance jugée insuffisante ces dernières années. À Libreville, le réseau RIC affiche près d’un demi-siècle d’existence. Plus préoccupant encore : sur 100 m³ d’eau produits, seuls 30 m³ seraient effectivement distribués dans la capitale, le reste se perdant dans les fuites et dysfonctionnements.
Face à cette situation, le ministre plaide pour « du courage, de la détermination et des investissements massifs ». Un plan d’action sur sept ans est annoncé, chiffré à près de 2 000 milliards de francs CFA, soit environ 300 milliards par an, avec l’ambition de restaurer à la fois les infrastructures, la gouvernance et la performance commerciale du secteur.
Cinq chantiers prioritaires pour l’eau
Pour les cent premiers jours, l’accent est mis sur des actions ciblées et rapidement visibles.
Parmi les mesures annoncées :
– La réhabilitation de 36 forages dans le Grand Libreville ;la remise à niveau de 600 Adductions d’Eau Vllageoises (AEV) à l’intérieur du pays ;
– L’installation d’équipements de mesure pour localiser et réduire les fuites ;
– Le relèvement des niveaux des bâches du PK6 et du PK9 afin d’améliorer la desserte de 70 à 80 % des habitants de Libreville ;
La mise en place de « brigades bleues » dans 45 quartiers de la capitale.
Ces brigades, composées de jeunes des quartiers et équipées de moyens roulants légers, auront pour mission de signaler rapidement les fuites via un centre d’appels dédié. L’objectif est clair : réduire des pertes estimées à 70 % de la production et améliorer un taux de recouvrement qui plafonnerait autour de 40 %.
Énergie : extension des réseaux et équipements en urgence
Sur le volet électrique, les efforts porteront notamment sur l’extension des réseaux dans les zones en croissance, en particulier le « dernier kilomètre » au nord de Libreville (cité des professeurs) et au sud, vers Ntoum, Owendo et Alénakiri. Des milliers de foyers sont concernés par ces travaux, qui doivent permettre de raccorder des quartiers encore insuffisamment desservis.
Le ministre a également annoncé la commande urgente de 57 000 compteurs d’électricité et 60 000 compteurs d’eau, avec un délai de livraison estimé entre deux et trois mois. Un enjeu stratégique pour la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG), dont les performances commerciales restent dépendantes de la capacité à facturer la consommation réelle. « Sans compteur, il n’y a pas de vente », a-t-il rappelé.
Réformes structurelles et lutte contre les fraudes
Au-delà des mesures d’urgence, le ministre a confirmé la séparation des activités eau et électricité à l’horizon janvier 2027. Un chronogramme prévoit 56 actions à mener en 50 semaines, avec la mise en place de trois pôles distincts : régulation et contrôle, infrastructures, exploitation.
La lutte contre les branchements frauduleux constitue un autre axe fort. Près de 2 900 raccordements directs illégaux auraient été identifiés, y compris dans certaines administrations et cités. Des opérations de débranchement, menées par une brigade mixte associant forces de sécurité et techniciens de la SEEG, sont annoncées.
Par ailleurs, 15 milliards de francs CFA auraient récemment été mobilisés pour apurer certaines créances du secteur, dont celles liées à des fournisseurs stratégiques. Les usagers victimes de coupures répétées pourront, selon le ministre, solliciter des indemnisations via l’assurance responsabilité civile de la SEEG.
Un rendez-vous politique dans cent jours
Entre vétusté des installations, déséquilibres financiers hérités du passé et exigence sociale croissante, le défi est immense. Philippe Tonangoye en fait un pilier du projet présidentiel « Bâtissons un édifice nouveau », en érigeant l’accès fiable et équitable à l’eau et à l’électricité en priorité nationale. Le cap est désormais fixé, reste à traduire les annonces en résultats concrets. Un premier bilan est attendu dans cent jours, sur un terrain où les promesses ont souvent buté sur la réalité des réseaux.



